Allocution 11 NOVEMBRE 2008 AU MONUMENTS AUX MORTS DE MEZEIRES SUR SEINE
avenir-ensemble | 28 novembre 2008Chers Concitoyens, Chers Jeunes de Mézières sur seine.
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Nous sommes aujourd’hui réunis pour commémorer ensemble, 90 ans après sa
signature en forêt de Compiègne, l’armistice du 11 novembre. Cet événement, tant attendu, puisque cette guerre devait être courte, redonnait l’espoir, l’espoir en la paix, en une paix définitive, puisque cette guerre devait être la « der des ders »
après quatre années atroces de sang et de larmes.
Quatre années d’horreur, d’angoisse, de souffrance, de privation. Quatre années qui virent disparaître plusieurs générations.
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Nous connaissons tous le bilan effroyable de cette guerre : 9 millions de morts, 6
millions de mutilés, les plus jeunes de notre vieux continent. N’oublions pas que
venant des quatre coins de l’Empire français de l’Outre Mer, de l’Afrique Noire, de l’Afrique du Nord, de l’Indochine, de l’Océanie, des centaines de milliers d’hommes ont contribué à l’effort de victoire, pour beaucoup d’entre eux au sacrifice de leur vie.
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La France est sortie meurtrie et ruinée de ce conflit : 1 million 400 000 morts, dont 600 000 victimes civiles ; 630 000 veuves et 700 000 orphelins de guerre. Plus de 3millions de blessés, de mutilés, d’aveugles, de gazés, ceux que l’histoire a retenus sous l’appellation de ” gueules cassées”.
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Comme chaque ville, chaque village, chaque hameau de France, notre commune a payé un lourd tribut. Anonymes ou non, ce furent 37 soldats originaires De Mézières qui tombèrent au champ d’honneur.
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Rendons hommage à toutes les victimes ô combien héroïques, de cette guerre qui
ne doivent pas, les décennies passant, le monde ayant changé, les « poilus » et les
témoins n’étant plus présent, devenir les oubliés de l’Histoire.
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Alors que nous sommes au commencement d’un nouveau siècle et d’un nouveau
millénaire, sachons pour ne pas reproduire les erreurs, tirer les leçons du passé afin de construire un avenir meilleur.
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Rappelons que le nationalisme, qu’il ne faut pas confondre avec le patriotisme, est un poison qui s’insinue lentement dans les consciences humaines et qui fait des ravages chez tous les peuples, dans toutes les nations.
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Lorsque la France s’est engagée dans ce qui fut le premier conflit mondial, elle l’a fait avec confiance et sérénité, la fleur au fusil, sûre de son bon droit, mais nourrie de haine et de désir de revanche.
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Il en a été bien sûr de même pour l’Allemagne impériale, qui voulait une bonne fois pour toutes affaiblir la puissance économique, coloniale et militaire de la France.
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Et il en fut ainsi pour chacune des nations européennes les unes vis à vis des autres : la Russie face à l’Autriche, l’Autriche face à la Serbie, l’Italie face à l’Autriche, et, si je puis dire, ainsi de suite.
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Enchaînées les unes aux autres par un jeu d’alliances, de rapports de forces, de
rivalités ethniques pluriséculaires, elles allaient conduire le vieux continent vers
une tragédie, vers une guerre dévoreuse d’hommes, entraînant dévastation,
mutilation, détestation. Et générant les causes de la suivante…
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Je voudrais également m’attacher à saluer la mémoire de deux personnalités qui ont marqué la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. La première parce qu’elle fut, en quelque sorte, l’une des premières victimes de la première guerre mondiale. La seconde, car elle a su mener la France jusqu’à la victoire. Ces deux hommes, ce sont Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU.
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Jean JAURES, assassiné le 31 juillet 1914 pour s’être opposé à la guerre et au
nationalisme, a, le premier, dit et répété inlassablement que la France ne pouvait
s’engager dans ce genre de conflit. Pour lui, cette guerre n’était pas celle des
peuples, car ceux-ci en seraient les premières victimes.
Dans son dernier appel à la paix, il écrivit : « le péril est grand, mais il n’est pas
invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de la patience et l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir ». Il ne fut pas, hélas, entendu. Son rôle a marqué le début de ce siècle, le XXème ; il marque encore aujourd’hui les consciences.
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Le second, c’est Georges CLEMENCEAU, qui redevint en 1917, Ã 76 ans,
Président du Conseil, tout en assurant la charge de Ministre de la guerre. Fidèle Ã
l’esprit radical républicain, n’ayant jamais eu peur de s’opposer frontalement aux
anti-dreyfusards comme aux partisans de la colonisation, celui qu’on a appelé « le Tigre » allait montrer toute sa force et sa détermination pendant ces deux années. Il n’hésitait pas à aller au contact des « poilus » dans les tranchées sous les tirs ennemis pour remonter le moral des troupes et exprimer, par un tel geste, la reconnaissance de la République pour ses soldats. Reconnaissance qu’il n’obtint pas en retour, écarté qu’il fut de la Présidence de la République en 1920.
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Nous célébrons cette année le 92ème anniversaire de la bataille de Verdun. Comment ne pas voir dans cette bataille, qui fut un véritable enfer, une destruction mutuelle de deux peuples, une sorte de suicide collectif ?
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Soixante huit ans plus tard, en 1984, dans ce même lieu, sur les ruines d’un champ de bataille où sont ensevelis plusieurs centaines de milliers de morts, un Président de la République française tendait la main à un Chancelier de la République Fédérale allemande. Symbole fort de l’amitié entre deux peuples réconciliés, autrefois ennemis héréditaires ; symbole fort de la volonté de reconstruction d’un continent ; symbole fort enfin d’une unité retrouvée.
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Sachons garder pour toujours à l’esprit cette image et nous souvenir en même temps que rien n’est irréversible !
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Soyons convaincus qu’il n’y a pas d’avenir sans souvenir et qu’il n’y a pas d’avenir sans repères.
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Vive Mézières sur seine ! Vive la République ! Vive la France! Et vive la Paix !


