Interview “vérité” de Manuel VALLS
avenir-ensemble | 24 juillet 2009Martine Aubry l’a redit hier. Le PS « travaille » et est en bon ordre de marche. Et pour vous ?
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« Le parti socialiste ne va pas bien. Dire le contraire c’est nier la réalité. Pour la première fois depuis bien longtemps, des adhérents partent ou nous disent qu’ils n’ont pas voté pour nous. Je me bats pour réinventer le PS et la gauche, parce que le terme de “rénovation” est déjà dépassé. Il faut rebâtir une espérance et gagner en 2012. Faire l’impasse sur 2012 serait terrible.
Pour battre Nicolas Sarkozy, il faut changer en profondeur le PS. Dire cela, ce n’est pas attaquer le parti, c’est au contraire lui donner une nouvelle chance ! Quand une formation politique comme la nôtre ne fait que 16 % aux européennes, cela veut bien dire que quelque chose ne va pas. J’ai considéré que la réponse de Martine Aubry au lendemain du 7 juin n’a pas été la hauteur du choc. »
Depuis votre vif échange de lettres le 14 juillet, avez-vous eu un contact direct avec elle ?
« Non, mais je reste disponible pour toute discussion. Vous savez, j’ai beaucoup de considération pour Martine Aubry. Au lendemain du 7 juin, je n’ai pas voulu rajouter de la crise à la crise en la mettant personnellement en cause. C’est pourquoi j’ai été surpris par la teneur de son courrier. »
Elle n’est pas la seule à dire « stop ». Le groupe socialiste à l’Assemblée aussi…
« Cela fait trente ans que je suis au PS. Je connais par coeur les réflexes d’appareil. Beaucoup d’élus et de responsables disent comme moi que la situation est grave. Certains appellent même à un congrès extraordinaire. La plupart n’ont pas compris ce courrier qui date d’un autre âge. Au PS, où la confrontation d’idées a toujours été indispensable, quand on vous écrit “tais-toi ou pars”, cela veut bien dire que quelque chose ne fonctionne plus.
Je suis vice-président du groupe socialiste à l’Assemblée. Depuis 2002, sur tous les grands textes, j’ai fait mon travail. Je suis discipliné : en 2005, contrairement à d’autres, moi, j’ai accepté le vote des militants sur la Constitution européenne. Quand le groupe socialiste se réunit à moins d’une cinquantaine et qu’un texte est adopté à la va-vite, je ne peux pas considérer que c’est l’opinion des 200 députés. Je ne me laisserai pas impressionner par ce type d’intervention. »
Manuel Valls ne rentrera pas dans le rang ?
« Ce n’est pas un débat entre Martine et moi, ni un problème de personnes. C’est beaucoup plus sérieux que cela. C’est l’identité de la gauche qui est en cause, sa survie, sa capacité à représenter une alternative, c’est pourquoi je garderai ma liberté de parole. J’ai refusé comme d’autres des responsabilités au sein de la direction telle que nous le proposait Martine Aubry au lendemain des élections européennes parce que je n’y voyais pas clair sur l’agenda de travail, sur les possibilités de changer en profondeur le PS, notamment en mettant en place des primaires, ouvertes à tous les électeurs de gauche, indispensables pour la désignation de notre candidat à la présidentielle. »
En 2007 et au congrès de Reims, vous souteniez Ségolène Royal qui incarnait alors cette rénovation. Qu’est-ce-qui vous en a éloigné ?
« Ségolène Royal a eu en 2007 des intuitions, sur le travail, la sécurité, la démocratie participative, les primaires, les alliances. Elle représentait un renouvellement de la politique à gauche. Mais je ne suis pas liée à une personne. Ségolène Royal et Martine Aubry se sont rapprochées, cela veut bien dire que l’une ou l’autre a dû changer sur ce en quoi elle croyait. »
Changer le nom du parti, est-ce si important ?
« Oui. Je comprends l’attachement, notamment dans le Nord - Pas-de-Calais, à une histoire et à un nom qui a créé une espérance pour des millions de gens. Mais on ne peut pas prôner un élargissement du PS, y compris l’idée d’une “maison commune” dans laquelle ne se retrouveraient pas seulement les socialistes, sans se poser la question du nom. Enfin, je pense que le mot socialisme est épuisé, faute de contenu et pour des raisons historiques. Je souhaite donc la création d’une grande formation démocrate et de gauche. »
Sur la sécurité, sur les retraites, sur la flexibilité, sur l’emprunt aussi, vous êtes en rupture avec la ligne de votre parti…
« D’abord, je ne connais pas toujours la ligne du PS… Sur les retraites par exemple, Martine Aubry dit qu’il faut intégrer les changements démographiques. Eh bien tirons-en les conséquences. Nous sommes tous d’accord sur le constat qu’il faudra sans doute travailler plus longtemps. Quelle est la réponse de gauche ? Faut-il attendre que les faits nous imposent un passage à 65 ou 67 ans ou est-ce qu’on bâtit un système de retraites par points intégrant la pénibilité du travail et les années de formation ? C’est-à -dire une réponse juste, de gauche.
Sur la sécurité, la droite est en train d’échouer. Notre responsabilité est de tenir un discours clair, de regarder la réalité en face. Or, une société a besoin d’ordre et de règles. Et parce que la délinquance touche, essentiellement, les plus modestes, affirmer que la sécurité est une priorité constitue, naturellement, un discours de gauche. »
Pour les régionales, souhaitez-vous des alliances dès le premier tour avec les Verts et le Modem ?
« Je suis, d’abord, pour qu’on en débatte. Quand cette discussion aura-t-elle lieu au sein des instances du PS ? À l’automne ou au soir du premier tour seulement ? Aux municipales nous n’avons jamais débattu véritablement de nos alliances qui allaient pourtant de Lutte ouvrière au MoDem.
Jusqu’à maintenant les stratégies d’alliance ont toujours été décidées au niveau national. Nous ne gagnerons pas en 2012 sans cette alliance avec le Modem et les Verts. Il faut le dire et la mettre en oeuvre dès les régionales. »
Pourriez-vous être ministre de Nicolas Sarkozy ?
« Pas du tout. Je suis profondément de gauche et j’ai refusé en 2007 parce que je ne crois pas du tout à l’ouverture qui est un débauchage pour affaiblir l’adversaire. C’est pourquoi je prône en même temps une opposition intelligente. Sur la manière de s’opposer, nous jouons, aussi, notre crédibilité. »


